Lassana Camara, enfant de Mauritanie, est venu étudier à Evry à sa majorité. Celui qui a longtemps cumulé les petits boulots est devenu aujourd’hui l’un des journalistes sportifs les plus influents d’Afrique.

Lassana Camara (écharpe autour du cou) fête sur le terrain, avec l’un des joueurs de l’équipe nationale mauritanienne la qualification pour la première coupe d’Afrique de l’histoire de ce « petit » pays du football. Devenu journaliste sportif influent en Afrique grâce à son site mauritaniefootball.com cet ex-étudiant d’Evry, arbitre de Corbeil et habitant d’Epinay-sous-Sénart, vit son rêve.

Le foot, une passion devenue son métier. Lassana Camara, 39 ans, se rêvait journaliste sportif depuis l’enfance. C’est la raison pour laquelle il a quitté la Mauritanie pour étudier en France, à Evry, à sa majorité. Et c’est depuis son appartement d’Epinay-sous-Sénart qu’il dirige aujourd’hui l’un des sites les plus influents d’Afrique : mauritaniefootball.com, qu’il a créé lorsqu’il n’était encore qu’homme de ménage. « Il n’y avait aucun site parlant du football mauritanien », relate Lassana Camara.

Son site comptabilise près de 300 000 connexions par jour. Celui qui effectue régulièrement des chroniques à la télé pour Africa 24 ou à la radio pour RFI, voit plus loin désormais et souhaite lancer un journal bi-mensuel de football en Mauritanie. « Je suis en train de lever les fonds, il faudrait que ça se fasse avant juin, pour le début de la Coupe d’Afrique des nations, car la Mauritanie est qualifiée pour la première fois de son histoire », reprend ce papa poule de quatre filles converties elles aussi au ballon rond.

Il participe à la cérémonie du ballon d’or Africain

Grâce à cet authentique exploit sportif, ce « petit » pays de 4 millions d’habitants a décroché le titre de meilleure équipe du continent lors de la remise du ballon d’or africain, le 8 janvier. Un moment de bonheur, mais aussi de gloire pour Lassana Camara qui a été invité par le président de la fédération mauritanienne à soulever le trophée.

Lassana Camara (à droite) pose avec le président de la fédération mauritanienne de football (au centre) lors de la remise du ballon d’or africain pour la sélection des Mourabitounes. DR
Lassana Camara (à droite) pose avec le président de la fédération mauritanienne de football Ahmed Ould Yahya (au centre) lors de la remise du ballon d’or africain pour la sélection des Mourabitounes.   

« Les responsables de la fédération m’ont invité, pour le suivi sérieux de l’équipe que l’on fait depuis des années, lâche Lassana Camara. Mais ils savent qu’ils ne peuvent pas acheter mon indépendance, mon site est devenu incontournable. »

Avant de devenir l’un des journalistes les plus influents du continent africain, cet enfant du village de Dafort, où son père était commerçant dans l’alimentaire, a dû se battre pour exister dans les médias. « Là-bas, personne n’avait l’électricité, même à l’école on s’éclairait avec une lampe à pétrole », se souvient-il. Afin de poursuivre ses études, en 6e, il part vivre dans la capitale à Nouakchott, chez un cousin. C’est là, en 1995, qu’il voit pour la première fois à la TV un match de foot professionnel : Ajax Amsterdam – AC Milan.

Il cumule les petits boulots et ses études

Cet écran, le seul à des kilomètres à la ronde, il fallait le payer pour avoir le droit de le regarder. Régulièrement, plus de 50 personnes s’entassent dans une petite pièce de 20 m2. « Pour la finale de la Coupe du monde en 1998, les gens ont patienté sans bouger dès 9 heures du matin pour être sûrs de voir le match », rigole Lassana Camara qui effectuait parfois les commentaires.

Et, au début des années 2000, pour suivre des études de droit avant de tenter une école de journalisme, il obtient un Visa et s’installe à Evry, près de la fac. Il y côtoie ceux qui sont devenus ses amis et qui l’incitent à prendre une licence d’arbitre au club de Corbeil, où il passe ses soirées. En parallèle, Lassana Camara cumule les petits boulots. « Et un jour mon entreprise m’a dit que le journal Le Parisien cherchait quelqu’un pour le ménage trois fois par semaine, de nuit ou le soir, j’y ai vu comme un clin d’œil du destin », confie-t-il.

Créateur du site Mauritaniefootball.com, cet habitant d’Epinay-sous-Sénart est chroniqueur pour plusieurs médias TV et radio. DR
Créateur du site Mauritaniefootball.com, cet habitant d’Epinay-sous-Sénart est chroniqueur pour plusieurs médias TV et radio. DR  

Balai en main, il glane de précieux conseils, se renseigne, observe. Grace à l’argent gagné et en travaillant à l’accueil des groupes hôteliers à Courcouronnes, il parvient à payer une école de journalisme et met en ligne son site mauritaniefootball.com.

Lassana Camara : « Je vis mon rêve »

« En France, nous avons beaucoup de joueurs d’origine mauritanienne, c’est d’ailleurs moi qui ai effectué la première interview d’Ousmane Dembélé », affirme-t-il. Un soir, la mère du joueur qui évolue à Barcelone téléphone à Lassana Camara. « Son fils n’était pas encore pro et il avait l’opportunité de partir à l’étranger, elle me demandait conseil, ça m’a touché », glisse-t-il.

Au gré de ses interviews et des matchs qu’il couvre pour son site, Lassana Camara a pu rencontrer de nombreuses idoles de son enfance, comme Paolo Maldini ou ici Diego Maradona. DR
Au gré de ses interviews et des matchs qu’il couvre pour son site, Lassana Camara a pu rencontrer de nombreuses idoles de son enfance, comme Paolo Maldini ou ici Diego Maradona.  

Par Florian Loisy (LeParisien ,Essonne)

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